Suite à l'abandon de ses études à la Stanford Graduate School fin de l'année 1940, John souhaite rentrer dans la Marine au printemps 1941. Il rencontre cependant quelques difficultés pour y être incorporé en raison de son état de santé, et plus particulièrement de ses problèmes de dos.
Il suit des séances de condition physique destinées à remuscler son dos.
Après une intervention de son père Joseph auprès des autorités de l'U.S. Navy, John est finalement accepté dans le courant du mois d'août 1941. Il est promu au grande d'enseigne de vaisseau le 25 septembre 1941.
Le 27 octobre 1941, John se rend au siège des services de renseignements de l'U.S. Navy, l'O.N.I. (Office of Naval Intelligence) à Washington afin d'y prendre ses ordres de mission. Sa première tâche est simple. En effet, ses supérieurs l'ont chargé de rédiger le Daily Digest, un quotidien destiné aux officiers.
John en novembre 1941
Depuis peu, John a fait la connaissance d'une certaine Inga Arvad qui devient son premier grand amour. Inga Arvard, originaire du Danemark, travaille au journal Washington Times-Herald, avec la sœur de John, Kathleen.
Inga Arvad
En janvier 1942, Edgard J. Hoover, à la tête du F.B.I., dénonce la relation de John et Inga à Joe Kennedy. Pour le F.B.I., Inga Arvad est une dangereuse espionne nazie, qui avait été vue en 1936 aux Jeux Olympiques de Berlin avec Adolphe Hitler.
Le F.B.I. tenait des preuves de la relation de John et Inga avec enregistrements et photographies à l'appui. Joe Kennedy, ne voyant pas d'un bon œil cette relation, fait également suivre John et son amie.
De plus, Inga Arvad, qui a 28 ans, est mariée et protestante, alors que John, n'a que 24 ans, est catholique. Cette relation aurait pû coûter sa place à John dans la Marine.
Le 15 janvier 1942, les patrons de John, inquiets, le transfère à Charleston, en Caroline du Sud, dans le personnel naviguant, sur l'influence de Joe Kennedy. Mais la relation se poursuit.
John à Charleston (1942)
Malgré les accusations du F.B.I., Inga Arvad restera aux Etats-Unis et sera même blanchie plus tard des accusations qui faisaient d'elle une dangereuse espionne nazie.
Il passe les mois d'avril et mai 1942 dans les hôpitaux navals de Charleston et de Chelsea dans le Massachusetts.
Du 27 juillet 1942 au 27 septembre 1942, John se rend à la Naval Reserve Officers Training School de la Northwestern University de Chicago dans l'Illinois. Après cette formation, John rejoint l'Ecole de formation des patrouilleurs torpilleurs (PT) à Melville (Portsmouth), dans le Rhode Island, et devient instructeur.
Du 27 septembre 1942 au 2 décembre 1942, John rejoint le Motor Torpedo Boat Squadron Training Center toujours à Melville.
Entre-temps, le 10 octobre 1942, John devient Lieutenant.
Le Lieutenant John F. Kennedy
Du 2 décembre 1942 au 23 février 1943, John fait partie de la 4ème escadre de vedettes lance-torpilles et le 7 décembre 1943, il prend le commandement du lance-torpilles PT-101, qui naviguera dans le courant du mois de janvier 1943 dans les eaux du Panama avec quatre autres bateaux afin d'escorter la 14ème escadre de vedettes lance-torpilles.
Le 23 février 1943, John est transféré en tant qu'officier de réserve de la 2ème escadre de vedettes lance-torpilles qui est basée à Tulagi sur l'île de Rendova. L'île de Rendova fait partie des îles Salomon, constituées d'un archipel d'une douzaine d'îles principales et de plus de 990 plus petites îles.
L'île de Tulagi
Il quitte les Etats-Unis par l'U.S.S. Rochambeau jusqu'à Espiritu Santo, la plus grande île de Vanuatu, base militaire américaine.
L'U.S.S. Rochambeau
Il arrivera sur l'île de Rendova par le LST-449 le 16 avril 1943 et le 23 du même mois, il prend le commandement du lance-torpilles PT-109.
L'arrivée sur l'île de Rendova
Le PT-109, lui, a traversé le Pacifique ...
sur le Liberty Ship Joseph Stanton
Le 29 mai 1943, des destroyers, des cargos, des navires de débarquement venant de Guadalcanal et des Nouvelles-Hébrides arrivent à Tulagi. La plupart des petites unités basées à Tulagi ont l'ordre de se rendre, certaines aux îles Russell (Nouvelle Géorgie), d'autres en Nouvelle-Guinée comme le PT-109.
La base de Tulagi
George "Barney" Ross, avec devant lui Jim Reed,
John et Paul Red Fay à la base de Tulagi
Tout ceci annonçait une prochaine offensive, mais seuls les chefs d'état-major savaient qu'un débarquement était prévu pour le 30 juin 1943 en Nouvelle-Géorgie, où les Japonais avaient construit un aérodrome.
Apprenant qu'en dernière minute, un changement était intervenu au programme, le PT-110 devant prendre la place du PT-109, John protesta avec énergie. Il proposa à Munroe, le Commandant du PT-110, de tirer au sort qui irait en Nouvelle-Géorgie et qui irait en Nouvelle-Guinée. Après avoir lancé la pièce, le côté face était favorable à Munroe.
Le PT-109 irait donc en Nouvelle-Géorgie et le PT-110 en Nouvelle-Guinée. John était déçu, il voulait être au centre de la bagarre, qui pour lui se trouvait en Nouvelle-Guinée.
Arrivé aux îles Russell, John trouve un tout autre monde. Des crocodiles énormes semaient la terreur dans les ruisseaux et en mer, on trouvait des serpents aquatiques et des requins. Les habitants n'étaient pas très amicaux et il régnait une chaleur humide.
John à bord du PT-109 ...
en juin 1943
En juillet 1943, l'équipage du PT-109 quitte les îles Russell pour l'île de Lumbari, près de l'île de Rendova, à 10 heures de bateau. La bataille y est rude. Lors d'une sortie en mer, John découvre encore un nouveau paysage, avec beaucoup de petites îles, les unes occupées par les Américains, les autres par les Japonais. L'équipage était nerveux. Où sont les bons ? Où sont les mauvais ?
Lors d'une autre sortie en mer, en pleine nuit, le ciel s'éclaire brusquement et le bruit des obus explosant arrivent aux oreilles de l'équipage. En rentrant à la base, John apprend que les Américains ont à nouveau bombardé l'aérodrome de Munda.
Sur le pont du PT-109, en juillet 1943, Leonard "Lenny" Thom, Leon E. Drawdy, Edgar E. Mauer, Edmund T. Drewitch,
John E. Maguire et John (haut), Charles A. "Bucky" Harris, Maurice L. Kowal, Andrew Jackson Kirksey et Al Webb (bas)
Les Japonais possèdent deux centres de résistance. Munda, à la pointe sud-ouest de la Nouvelle-Géorgie, en face de Rendova, et Vila-Stanmore Plantation, dans l'île de Kolombangara.
C'est pour cela que les Américains naviguent beaucoup la nuit afin d'empêcher le ravitaillement en armes de ces centres de résistance, ravitaillement effectué par les bateaux ennemis appelés "Tokyo Express".
Le 1er août 1943, la Task Force 31, chargée de coordonner les messages des garde-côtes, puis de les adresser aux Commandants qu'ils concernaient, transmit par radio le message suivant à la base de Rendova, à 04h00 :
Les Japonais lanceront un Tokyo Express dans la nuit du 1 au 2 - Actif trafic de chalands vers Bairoko et Sunday Inlet - Ordre engager maximum des PT dans secteur du détroit de Blackett - Kelly engagera tous PT disponibles dans golfe de Kula - Burke remontera le canal de la Nouvelle-Géorgie avec six destroyers pour atteindre l'île de Kolombangara à 00h30 locale, 2 août - Repli de Kelly prévu en serrant côte de la Nouvelle-Géorgie - Avions japonais seront engagés dans lutte contre les vedettes - Warfield et Kelly accuseront réception et feront connaître nombre de bâtiments qu'ils enverront- Rice accusera réception.
A peine le message reçu, les sirènes de la base hurlent. Une attaque d'avions japonais a lieu. Les hommes courent vers les abris. L'attaque fit des dégâts. Un P.T. sauta avec son chargement de torpilles et plusieurs hommes furent tués sur la plage.
Une fois l'attaque terminée, le Commandant de la base réunit tous les Capitaines de vedettes et leur signala que cette attaque n'était qu'une répétition avant la nuit prochaine.
L'équipage du PT-109 était composé de :
John Fitzgerald Kennedy de Boston (Massachusetts), Commandant;
Leonard Jay "Lenny" Thom de Sandusky (Ohio), le second;
Charles A. "Bucky" Harris, de Watertown (Massachusetts), canonnier;
John E. Maguire, de Dobbs Ferry (New York), à la radio;
Edgar E. Mauer, de Saint-Louis (Missouri), matelot;
Andrew Jackson Kirksey, de Reynolds (Géorgie), torpilleur;
Patrick Henry "Pappy" McMahon, de Wyanet, (Illinois), machiniste;
William Johnstone, de Dorchester (Massachusetts), machiniste;
Harold W. Marney, de Springfield (Massachusetts), mécanicien;
Raymond Albert, d'Akron (Ohio), matelot;
Raymond L. Starkey, de Garden Grove (Californie), torpilleur;
Gerard E. Zinser, de Belleville (Illinois), machiniste;
George Henry Robertson "Barney" Ross, d'Highland Park (Illinois), observateur.
Les trois derniers membres de l'équipage sont nouveaux. Starkey et Zinser remplaçent Maurice L. Kowal, Leon E. Drawdy et Edmund T. Drewich, à l'hôpital. George Henry Robertson "Barney" Ross, qu'avait connu John à Melville, était "sans emploi" depuis que le PT-166 fut coulé le 20 juillet 1943.
Un plan d'action fut établi. Il y avait quinze PT répartis dans quatre divisions. La division C, dirigée par le PT-107, verrouillerait le passage de Ferguson, la division R, dirigée par le PT-174, patrouillerait devant la côte sud de Kolombangara, la division A, dirigée par le PT-171, surveillerait le village de Gatere, tandis que la division B, dirigée par le PT-159, évoluerait au large de Vanga Vanga, en compagnie du PT-109. La division B serait la plus avancée dans le détroit de Blackett.
En fin de cette journée du 1er août 1943, les PT prennent la mer. Le PT-109 est en queue de sa division, derrière le PT-159, le PT-157 et le PT-162.
A peu près au même moment, quatre destroyers japonais, l'Amagiri, le Hagikaze, l'Arashi et le Shigure quittent le détroit de Bougainville pour se diriger vers Vella Lavella avant de mettre le cap sur la base de Vila.
Les quatre destroyers, avec mille soldats à bord et plus de 70 tonnes de matériel, avaient reçu l'ordre de foncer à toute allure vers leur but. Ils devaient faire vite car l'aller et le retour étaient prévus pour cette nuit du 1er au 2 août 1943, car il n'y avait pas de lune, et donc ils ne pouvaient être vus.
Le PT-109 s'engagea dans le passage de Ferguson vers 21h00 dans une mer houleuse, dans l'obscurité la plus complète. Ensuite il vira dans le détroit de Blackett pour atteindre son poste de contrôle vers 21h30. A ce moment-là, la division B était séparée en deux, le PT-159 naviguait avec le PT-157, le PT-162 avec le PT-109.
Et une longue attente commença. L'équipage passait son temps comme il le pouvait. Certains essayaient de dormir, d'autres s'échangeaient des souvenirs. A minuit, toujours rien, le calme le plus absolu.
Le PT-159, à l'instar des trois autres PT, dispose d'un radar. Le préposé au radar cria "contact au radar". Le Commandant Brantingham se précipita dans la chambre des cartes et aperçut quatre points lumineux sur l'écran.
Sans la moindre hésitation, il les prit pour quatre chalands japonais engagés dans le détroit et qui faisaient route vers la base de Vila. Sans la moindre hésitation aussi, il donna l'ordre de se diriger vers eux. Il était en effet décidé à les attaquer à la mitrailleuse.
Grosse erreur du Commandant Brantingham. Il s'agissait en fait des quatre destroyers japonais qui avaient pris la mer depuis le détroit de Bougainville.
Ne prévenant pas les trois autres PT, le PT-159 ouvre le feu mais les Japonais ripostent. Brantingham comprend qu'il vient de faire une erreur et utilise maintenant les torpilles. Un début d'incendie a lieu sur le PT-159 qui devient une cible toute illuminée. Les obus tombent à proximité de la vedette qui ne doit son salut qu'à la puissance de ses trois moteurs.
John, quant à lui, pense que ce sont les batteries côtières installées sur les hauteurs de Kolombangara qui tirent dans leur direction. D'autres Commandants imaginent la même chose. Et ils continuent à patrouiller dans leurs secteurs.
Par contre, ceux qui s'imaginaient avoir face à eux des chalands comme Brantingham, imitèrent ce dernier en commençant à tirer des rafales de mitrailleuse, puis, comprenant leur erreur, utilisèrent les torpilles.
Les quatre destroyers, après avoir débarqué leur marchandise, prennent donc le chemin du retour vers 01h25. L'Amagiri joue le rôle d'éclaireur, bien qu'il ne disposait pas de radar.
L'Amagiri
Au même moment, le PT-109 patrouillait entre les îles de Kolombangara et de Gizo.
Vers 02h00, le PT-109 avait atteint le milieu du détroit de Blackett, non loin de l'île de Vanga Vanga. Aucun chaland n'était visible, il fit une manœuvre de demi-tour pour se rapprocher à nouveau de Kolombangara.
C'est aussi vers 02h00 que l'Amagiri, le destroyer japonais de 2.050 tonnes et mesurant 115 mètres, décide d'accélérer à 30 nœuds.
Trois membres d'équipage du PT-109, John à la barre, Ross près du canon antichar à l'avant et Marney attaché à ses mitrailleuses, aperçoivent en même temps une silhouette d'un bateau s'approchant d'eux. Marney cria "bateau devant". Mais ni John, ni Ross, ne sursautèrent, pensant qu'il s'agissait du PT-162 ou encore du PT-169.
Mais la silhouette s'approchant de plus en plus, il fallait bien se rendre à l'évidence qu'il ne s'agissait pas d'un petit bateau. Il s'agissait de l'Amagiri, le fameux destroyer japonais.
John tourna la barre pour placer son bateau sous le meilleur angle d'attaque. Trop tard, le PT-109 était trop près du destroyer pour envoyer une torpille. Trop tard, le destroyer coupe net en deux parties le petit PT-109 de 56 tonnes et mesurant 24 mètres en moins de dix secondes. Le tout dans un craquement épouvantable. L'Amagiri, lui, continue sa route.
Le PT-109 ne faisait pas le poids face à l'Amagiri
Marney, attaché à ses mitrailleuses, et Kirksey, à l'arrière prenant son repos, trouvent la mort.
Marney Kirksey
McMahon est projeté en arrière et se retrouve face à une grande flamme. Il sentit les brûlures sur son visage et sur ses mains. Les réservoirs d'essence avaient été perforés et le carburant coulait dans la salle des machines. Il se retrouve pour finir à la mer, évanouit, mais sauvé par son gilet de sauvetage.
Harris, lui, au moment du choc, se trouvait sur le pont et a été projeté à la mer. Il est blessé à une jambe. Il pensait qu'il était le seul survivant. Il cria, et cria encore en espérant toutefois entendre une voix.
John, quant à lui, après avoir été projeté sur le pont, se retrouve également à la mer.
Ils se retrouvèrent un à un sur des restants du bateau qui flottaient. Maguire, Mauer et John, qui replonge afin de trouver des survivants. Arrivent ensuite un groupe de trois, Thom, Zinsen et Ross, sauvé par Maguire.
Ensuite Albert arriva seul. John ramène entretemps Harris et ensuite McMahon, gravement brûlé, en tenant son gilet de sauvetage entre ses dents. Starkey arriva sur un matelas et enfin Johnstone fut sauvé encore plus tard par Thom. L'opération de sauvetage durera plus de trois heures.
Les rescapés pensaient que les PT-159 et 162 avaient vu l'incident, mais rien, aucun secours, pas d'aide. Et Rendova se trouvait assez loin. Plus près, par contre, à quelques kilomètres, il y avait les îles de Gizo, Kolombangara et Vella Lavella. Mais ces îles étaient occupées par les Japonais.
Le réseau d'espionnage australien, qui avait prévenu le Commandement américain de l'attaque du 1er août, possédait des hommes dans toutes les îles occupées par les Japonais.
Sur celle de Kolambangara se trouvait un certain Arthur Reginald Evans, arrivé en pirogue après avoir été déposé six mois plus tôt par un hydravion en Nouvelle-Géorgie. Evans, qui venait des Marines, Lieutenant de vaisseau, était un garde-côtes d'élite.
Arthur Reginald Evans
Dans son abri en bambou sur les hauteurs de l'île, il disposait d'un poste émetteur, d'une longue-vue et d'une paire de jumelles. Il pouvait également compter sur la fidélité de quelques indigènes.
La nuit du 1er au 2 août 1943, il aperçut parfaitement les lueurs de l'incendie dans lequel se débattaient les survivants. Seulement, il pensa qu'il s'agissait d'un bateau japonais. Il envoya même à Guadalcanal, le matin, le message suivant : "quatre destroyers ennemis éloignés vers l'ouest - avion jeté bombes secteur Sambia, puis secteur Gatere - petit bâtiment, probablement un chaland japonais, a brûlé dans secteur Gatere - toujours visible ...".
Un peu plus tard, vers 09h30, un message parvient de la base de Lumberi : "PT-109 perdu au cours opérations dans détroit de Blackett - deux miles S.W. de l'anse de Meresu - treize hommes à bord - informations requises ...".
Evans comprit que ce qu'il avait vu n'était pas un chaland japonais mais bien le PT-109. Il répondit au Commandement américain de Lumberi ceci : "épave continue de flotter entre Meresu et Gizo - aucun survivant pour autant que je puisse voir ...".
Suite à ce message, il fut décidé de ne pas entreprendre de recherches.
Les rescapés, quant à eux, avaient peur d'être découverts par les Japonais. Sur les restants flottants qui dérivaient par les courants, ils pouvaient voir maintenant les îles de Kolombangara, Wana-Wana et Arundel d'un côté et d'autres atolls sans nom de l'autre côté. Les grandes îles se trouvaient à 3 kilomètres à l'ouest, les petites à 3 kilomètres à l'est.
En début d'après-midi, les rescapés aperçoivent des tortues géantes. Cela signifie qu'il n'y a pas de requins dans les parages signale John. Et qu'il est donc possible de nager. Les autres auraient préféré qu'il y ait des requins mais pas de Japonais.
John annonce qu'en demeurant sur les restants flottants, ceux-ci risquent de couler à tout moment ou de dériver vers Kolombangara. Les rescapés pourraient aussi être repérés. Par contre, en nageant, il serait possible d'aborder un atoll et d'y rester jusqu'à la nuit, en attendant le passage de vedettes.
Il restait une question, vers quel atoll nager ? Les plus petits ne sont pas occupés par les Japonais, mais les tout petits ne sont pas plus grands que les restants flottants, et donc l'équipage pourrait être repéré.
John regarda vers la plus proche, Leorava, mais le premier avion japonais les repérerait, ensuite Naru, trop grande et sans doute occupée par les Japonais, enfin Kasolo, baptisée par les aviateurs américains Plum Pudding à cause de sa forme.
L'île de Plum Pudding
Vers 16h00, ils décident de se jeter à l'eau en direction de la petite île. Une planche servira permettra aux rescapés de ne pas s'égarer et de nager ensemble. Mais il restait McMahon, qui souffrait toujours de ses brûlures. Et le fait d'être en contact avec l'eau salée allait encore rendre plus grandes ses souffrances.
McMahon se mit à nager sur le dos mais après quelques mouvements, il n'en pouvait plus. John se glissa alors sous lui et, saisissant la courroie de son gilet de sauvetage entre ses dents, s'éloigna de l'épave par des mouvements de brasse.
A 16h45, Evans envoya le message suivant à Guadalcanal : "ai averti éclaireurs de Gizo dans le cas où il y aurait des survivants - épave dérive vers île Nusatupi - éclaireurs reçu instruction avertir indigènes autres îles ...". Malgré ce message, tout le monde à Lumberi était persuadé qu'il n'y avait aucun survivant.
La nuit tomba alors que les rescapés se trouvaient encore loin de Plum Pudding.
John, qui avait absorbé beaucoup de fuel et de toxiques coralliens, avait été lâché par les autres depuis longtemps. Il souffrait terriblement du dos et son compagnon McMahon était couvert de cloques énormes. Le sel sur sa peau brûlée le faisait souffrir atrocement.
Un peu plus de quatre heures après le départ, l'arrivée est proche. Mais avant cela, il fallait encore progresser sur du corail, aussi coupant que des lames de rasoir. Une fois sur le sable, les deux hommes se cachèrent derrière des palmiers. Quelques minutes plus tard, ils entendirent parler américain. Il s'agissait des rescapés au complet.
Plus tard, John scrute le ciel et montre aux autres membres d'équipage, un point au sud-est de mer de Corail. "Le passage de Ferguson est là" lança-t-il. "C'est là que les vedettes passeront tout à l'heure après minuit. C'est là qu'un de nous devra se trouver, sinon nous serons perdus". C'était la stupéfaction chez les rescapés. C'était un suicide.
Et John se lança de nouveau en mer vers 22h00 après avoir reçu une poignée de main de chacun. Sur l'île, les dix hommes s'organisaient. Deux hommes se positionnent à chaque extrémité de l'île afin d'assurer un rôle de garde. Toutes les deux heures, deux hommes prennent la relève. Les premiers furent Mauer et Ross, à minuit, Harris et Maguire, à 02h00, Starkey et Thom.
Il commença à pleuvoir aussi, les hommes qui dormaient furent réveillés et tous se mirent sur le dos afin de récolter les gouttes d'eau tant ils étaient assoiffés.
Nous voici le 3 août 1943 au matin. Aucune vedette n'est venue, mais John n'est pas revenu non plus. Ce n'était pas normal. Certains pensent qu'il a nagé jusqu'à l'épuisement et qu'il s'est noyé, d'autres qu'il a été attaqué par des requins, d'autres encore que les Japonais l'ont trouvé. Ils étaient d'accord sur une chose, John était mort.
Les estomacs commençaient à crier. Ils trouvèrent quelques noix de coco qu'ils se partagèrent.
Vers 12h00, Maguire s'écrie tout d'un coup "Kirksey arrive, venez vite, voilà Kirksey". Tout le monde courra vers lui, mais tout le monde savait que Kirksey avait trouvé la mort. Mais une tête en effet émergeait des flots. C'était John, complètement épuisé. Quatre hommes le sortirent de l'eau.
John s'était en fait égaré pour revenir et s'était reposé sur un autre atoll. Par contre, il ne vit rien dans le passage de Ferguson. Mort de fatigue, il s'endorma jusqu'à 16h00. A son réveil, il signifia à Ross que c'était à son tour d'aller au passage de Ferguson la nuit prochaine. Ross accepta sans broncher, et peu avant la tombée de la nuit, s'élança en pleine mer.
Comme la nuit précédente, aucun bateau n'est passé. Il s'est reposé aussi sur une autre île jusqu'au lendemain matin, le 4 août 1943. Il rejoignit Plum Pudding en fin de journée. Ce même jour, à la base de Rendova, un service funèbre est célébré à la mémoire de John et de ses douze compagnons.
John décida que le mieux était de se rendre sur une autre île, plus proche du passage de Ferguson. Il pensa à Olasana, une autre île déserte où ils trouveraient des noix de coco. Vers 16h00, ils se jetèrent tous à l'eau, John tirant de nouveau McMahon avec ses dents.
Ce que les rescapés ne savaient pas, c'est que la veille, deux éclaireurs indigènes, Biuku Gasa et Eroni Kumana, au service d'Evans, quittent l'île de Sepo en pirogue pour rejoindre l'île de Wana Wana, en passant par l'île de Kolombangara. Dans cette dernière, Evans leur annonce qu'il se pourrait qu'ils découvrent des naufragés américains dans les parages de Gizo. Evans était convaincu de la mort de l'équipage du PT-109, mais il ne laissait rien au hasard.
Cette nuit du 4 au 5 août 1943, les hommes la passent ensemble, pour la première fois. C'est cette nuit aussi qu'enfin des bateaux passent par le passage de Ferguson. La base japonaise de Munda tombe aussi. C'est la fête dans le camp américain. Evans quitte Kolombangara pour Gomu. John et ses hommes, quant à eux, établissent leur campement sur l'île d'Olasana.
Le matin du 5 août 1943, John demande à Ross de l'accompagner jusqu'à l'île de Naru. Vers 11h00, c'est le départ. C'était la première fois qu'ils effectuaient une mission de jour. A 12h00, ils arrivent à destination, ignorant si l'île est habitée. A peine arrivés, ils distinguent quelque chose qui flotte. Ils s'approchent et découvrent une épave. Ils pensent de suite au PT-109. Mais non, il s'agit d'une embarcation japonaise.
Des centaines de mètres plus loin, sur la plage, ils découvrent une cargaison, emportée par le courant. Ils décident d'ouvrir une caisse et y découvrent des sucettes. A un moment, deux hommes surgissent de l'épave, armés. John et Ross pensent qu'il s'agit de deux Japonais. Les hommes se regardent au loin. Puis, les deux hommes font demi-tour et courent. John et Ross les voient quitter l'île sur une pirogue. S'il s'agit de Japonais, ils vont revenir en nombre. Il faut donc repartir vers l'île d'Olasana.
En explorant encore un peu l'île avant de la quitter, ils découvrent, cachée dans les arbres, une autre pirogue avec des pagaies et un bidon d'eau potable.
Sur l'île d'Olasana, les hommes attendent le retour de leur Commandant et de Ross en ce début d'après-midi. Tout d'un coup, les hommes aperçoivent une pirogue s'échouant sur la plage avec deux hommes qui en sortent. Ce n'est pas John et Ross, mais les deux individus rencontrés par ces derniers sur l'île de Naru.
Thom cria qu'il ne s'agissait pas de Japonais mais d'indigènes. Mais étaient-ils pro-nippons ? Thom alla à leur rencontre en disant "moi, Américain". Les deux indigènes reculèrent vers leur pirogue. Thom insista "Américain", "ami, venez". Il se souvient enfin qu'en cas de rencontre avec des indigènes, il faut leur montrer le ciel, les étoiles, car ici, les étoiles, c'est l'Amérique. Il fixa le ciel en disant "A-me-ri-ca".
1. André GONDEK Le 02/09/2008 à 15:23